Je travaille dans un établissement scolaire qui fait en même temps collège et lycée, et je suis quotidiennement effarée par le nombre de jeunes qui défilent à l’infirmerie…
En effet, chaque jour, ils viennent pour se plaindre de tout et de rien, leurs demandes ne sont pas bien précises, j’ai mal au cœur, j’ai mal à la tête, j’ai des angoisses, je me sens mal…
Ils sont en perpétuelle demande d’une réponse à leurs petits « bobos », un simple mal de tête ne peut être supporté, il faut absolument aller chercher un médicament…
Mais que se cache t-il derrière cette demande ? De l’attention ? Du dialogue ? De la compassion ?
Certainement un peu de tout, mais pourquoi cette frénésie à vouloir apporter une réponse immédiate à un besoin qui somme toute par moment n’est pas trop grave et surtout pas insurmontable…
La réponse se trouve peut être dans notre mode d’éducation qui tend à supprimer tout mal être, toute souffrance, quelle qu’elle soit, si petite soit elle.
L’attitude des parents et leur complaisance est peut être aussi à l’origine de tout cela. En effet, dès qu’ils ont mal, ou dès qu’ils sont fatigués, nous nous empressons de leur faciliter la vie à ces chers petits :
« Mon fils qui est en terminale à un rhume, alors il ne viendra pas en cours », ou encore, « ma fille a des maux de ventre, elle est fatiguée et restera au lit aujourd’hui »…
La liste serait trop longue, mais voici des exemples de ce que j’entends tous les jours…
La grande question face à ces jeunes et à leurs multiples « bobos », est de savoir comment ils vont pouvoir assumer une vie professionnelle avec ses contraintes et ses difficultés. Ils n’auront plus leurs chers parents pour parer à tous leurs problèmes !
Alors, peut être est il temps pour nous, parents, de faire machine arrière et de les armer un peu plus, de les « endurcir » car notre rôle même si cela nous semble difficile, est de les « endurcir », de les rendre plus combattifs…
Arrêtons l’assistanat et la complaisance, quand cela n’est pas nécessaire, pour les amener à une plus grande autonomie !
Peut être, au début cela semblera difficile pour tout le monde, mais nous ressortirons tous grandis et plus sereins face à l’avenir…
Il est vrai que se développent, depuis quelques temps, ces absences pour trois fois rien, des “bobos”, des petits rhumes, des petites fatigues qui, tout de suite, sans discussion, sans appel, debouchent sur de soi-disantes incapacités à faire quoi que ce soit, sur le mode d’un “je suis patraque, fatigué, enrhumé,…et JE SAIS que demain, après-demain, je ne pourrai pas venir, (m’)assumer, être présent, étudier, travailler, venir à ma séance de psychanalyse, etc. Je serai absent, ici ou là, je le sais…donc j’y renonce ! Etrange, non ?
Savoir pour demain, alors qu’on est encore aujourd’hui !!
Jean-Michel LOUKA
psychanalyste, Paris
Commentaire par Jean-Michel LOUKA — 29 janvier 2011 @ 18:15